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Assises de la maternelle : "Un grand coup pour rien" ?

Assises de la maternelle : "Un grand coup pour rien" ?
© rawpixel
Suite aux Assises de la maternelle en mars dernier, nous avons interviewé Isabelle Lardon, secrétaire nationale du Groupe français d'éducation nouvelle (GFEN). Anciennement conseillère pédagogique pour l'adaptation et la scolarisation des élèves handicapés, elle est actuellement professeure des écoles et associée au laboratoire ACTé (Activité, Connaissance, Transmission, Éducation).

1- Que pensez-vous de l’abaissement de l’instruction obligatoire à 3 ans ? N’est-ce pas une "reconnaissance" officielle de l’École maternelle ? 

Isabelle Lardon : 98 % des enfants de 3 ans fréquentent déjà l’école maternelle, bien sûr c’est une moyenne et il y a des disparités selon les territoires mais bon, je ne vois donc pas ce que ça va changer concrètement pour les élèves, les enseignants et les familles. Cela risque de poser plus de problèmes que d’en résoudre.
Si l’instruction est obligatoire, comment vont être évalués les enfants des familles qui feront "l’école à la maison" ? Comment les collectivités municipales vont-elles faire pour financer l’accueil dans les écoles privées, qui jusqu’à maintenant ne bénéficiaient pas d’aides puisque la scolarité n’était pas obligatoire ? L’argent n’est pas magique, comme le dit si bien le président de la République, cela se fera au détriment des écoles publiques ? Et surtout on évacue la question de la scolarisation des moins de 3 ans… 

Ce peut être une idée positive si elle marque la volonté affirmée de considérer l’école maternelle comme une école à part entière, "une école première où l’on apprend ensemble pour vivre ensemble" comme nous le disons au GFEN, tenue par des professeur·e·s, assisté·e·s par des ATSEM, avec des programmes, où les enfants, quelle que soit leur situation sociale ou familiale, peuvent apprendre et comprendre, parler et penser, grandir et s’élever – c’est l’étymologie du mot "élève". 

Il faudra aussi que des moyens soient mis, en formation, en postes d’enseignants et ne pas considérer la maternelle comme une variable d’ajustement lors de la carte scolaire. 

2- Que retenez-vous des Assises de la maternelle organisées fin mars ? 

I.L : J’ai trouvé que ces Assises ne s’adressaient à personne, comme on dit d’un livre qu’il ne s’adresse à aucun lecteur, trop pointu pour le tout public mais pas assez pour les professionnels. On nous a martelé qu’il ne faut pas opposer l’épanouissement de l’enfant et les connaissances, que ces dimensions étaient interdépendantes. Mais les institutionnels qui tiennent ce discours ont l’air d’avoir oublié que cette synthèse est faite dans le programme de 2015 de l’école de la refondation, qui va déjà dans ce sens. L’école maternelle est l’école où l’on va prendre en compte les besoins affectifs, psychologiques et sensoriels des jeunes enfants mais où on va aussi créer des besoins d’apprendre, de travailler avec les autres. 

Pour moi, c’est un grand coup pour rien. J’ai trouvé qu’il n’y avait rien de nouveau, que l’on enfonçait des portes ouvertes. On nous parlait de ch...

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