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« Il faut rétablir la légitimité de l’école et une approche transdisciplinaire »

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(c) Patrick Ghrenassia
Agrégé de philosophie, Patrick Ghrenassia a des décennies d’expérience de formateur de futurs enseignants, de la maternelle au lycée. Après l’assassinat le 16 octobre dernier de Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie en collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), il analyse les difficultés croissantes pour enseigner la laïcité dans certains établissements et suggère des pistes pour renforcer les dispositifs pédagogiques existants et leur cadre général.

Quelle est votre première réaction après l’assassinat de Samuel Paty ?

Elle est peut-être un peu brutale mais malheureusement, d’une certaine façon, c’était prévisible. J’ai été très choqué mais pas surpris par cette nouvelle. Cela devait arriver d’une manière ou d’une autre, même si on ne pouvait pas forcément prévoir que cela prenne cette forme la plus tragique.

Cela fait 20 ans que je constate en tant que formateur combien il devient de plus en plus difficile de parler de certaines questions, comme la laïcité et les religions, à l’école publique. Il y a les programmes qui doivent être enseignés et il y a la réalité du terrain, avec des établissements, des quartiers et des publics qui ne sont pas les mêmes. La question légitime des enseignants est dès lors : peut-on faire indifféremment les mêmes cours à tous les élèves ? Malheureusement, l’actualité vient de prouver que non. On ne peut pas faire le même cours d’Education civique et morale (EMC) et parler de la même façon de laïcité devant une classe par exemple d’un lycée d’un quartier parisien privilégié et devant celles de certaines banlieues où les publics sont particulièrement sensibles ou susceptibles d’être choqués par ces sujets là.

J’ai le souvenir de professeurs d’Histoire-Géographie me racontant leur difficile expérience, le jour même des attentats de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, alors que nous étions en formation et venions d’apprendre la nouvelle. Lorsqu’ils abordaient au collège l’histoire des monothéismes, du Judaïsme, de l’Islam et du Christianisme, qui fait partie des programmes, certains de leurs élèves musulmans sortaient de la salle, parce qu’ils considéraient qu’un enseignant n’était pas habilité à parler de l’Islam. Ce n’est donc pas nouveau.

Face à ces difficultés, quelle est la réaction des enseignants que vous avez en formation?

La réaction consiste parfois à dire : « Je ne me sens pas capable. Je ne sais pas aborder ces questions. » Mais certains ne les abordent pas parce qu’ils ont peur et parce que la politique dans certains établissements a été de ne pas faire de vagues et de ne pas traiter le problème depuis des années.

Ce n’est pas une question de pédagogie ou de méthode, c’est une question de cadre d’enseignement qui ne leur permet pas de remplir cette tâche, celle de toutes les écoles de la République. On est face à ce qu’on appelle des « territoires perdus de la République » : dans certains établissements et quartiers on ne peut pas faire tous les programmes, en particulier en Histoire. Cela concerne aussi les Sciences où on ne peut pas enseigner des notions comme le Darwinisme, qui ne passent pas par rapport à certaines croyances religieuses.

Les futurs enseignants vous sem...

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