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"Le raisonnement, surtout le raisonnement ! "

Olivier Houdé
Olivier Houdé
Dans un long entretien accordé à l’Obs le 1er février dernier, Olivier Houdé professeur de psychologie à l’Université Paris Descartes, directeur honoraire du LaPsyDÉ et spécialiste du cerveau de l’enfant, dénonce l’instrumentalisation faite des neurosciences par le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, et par Stanislas Dehaene, Président du Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN). Nous avons souhaité revenir sur cet entretien. N'hésitez pas à réagir également en commentaire.

"On oublie que les professeurs, eux aussi, ont un cerveau !"

- En tant que personnalité reconnue dans le domaine des neurosciences en France, vous auriez pu rejoindre le Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN), mis en place il y a un an, mais vous avez refusé estimant que votre discipline est "instrumentalisée". Expliquez-nous ce ressenti ?

Je suis en bons termes avec le ministre. Il m’a d’ailleurs décoré il y a peu, ici même en Sorbonne, du grade d’Officier des palmes académiques. Son discours soulignait parfaitement ce que les neurosciences peuvent apporter à l’éducation. Il m’a dit : "À l’école, on s’évertue de renforcer les automatismes. Vous, vous nous expliquez qu’il faut également apprendre à faire l’inverse, c’est-à-dire à les inhiber." On ne saurait être plus clair. Face à une situation nouvelle, l’individu doit faire preuve de discernement : activer des automatismes cognitifs, et en inhiber d’autres qui nous induisent en erreur. C’est ça l’intelligence. Le problème, c’est que le message porté actuellement par le conseil scientifique est très différent. Il y a une focalisation excessive sur la question de la lecture et des automatismes, au détriment de questions aussi cruciales que l’attention ou le raisonnement. Ceci est particulièrement dommageable. Les profs, a priori, sont plutôt curieux et interrogatifs à l’égard des neurosciences : ils voient combien leurs élèves sont fascinés par ces questions. Mais, hélas, ils sont confrontés à un discours univoque et prescriptif qui les déstabilise, là où il faudrait au contraire développer des relations de confiance, de réciprocité. Avec ce discours neuroscientifique top down (de haut en bas), cet "Apprendre !" trop impératif (titre du dernier livre de Stanislas Dehaene), on oublie que les professeurs, eux aussi, ont un cerveau !

- Dans votre entretien à l’Obs, vous prônez le raisonnement avant le langage jusqu’à en faire un slogan "le raisonnement, surtout le raisonnement". En quoi est-il plus important que le langage ?

L’intelligence va bien au-delà de la lecture et du langage. Quand j’entends le ministre dire "le langage, encore le langage" concernant le collège et même le lycée, je dis non. Bien sûr qu’il faut que le langage soit acquis et consolidé, mais l’essentiel dans le secondaire, ça doit être le raisonnement. On peut à la fois maîtriser parfaitement le langage et être très bête… Mon slogan est : le raisonnement, surtout le raisonnement ! Ceci étant posé, je suis parfaitement d’accord pour que l’on veille scrupuleusement à ce que l’école ens...

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