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« L’école a un rôle clé pour réenraciner les élèves, autour d’apports culturels partagés »

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La Laïcité est aussi une affaire d'espace (c) Benoît Prieur / Wikimedia Commons
Jean-Louis Auduc, ancien directeur des études de l'IUFM de Créteil/UPEC et auteur de nombreux ouvrages sur le système éducatif, appelle dans cet entretien à revenir aux textes fondateurs en matière de laïcité et à leurs principes clairs, pour éviter confusions et instrumentalisations. Il dessine des axes pédagogiques concrets, pour réfléchir par exemple aux éléments similaires entre religions, comme les interdits et autorisations alimentaires. Il vise à enraciner cet enseignement dans les faits et les apports culturels mais aussi dans l’histoire personnelle de chacun.

Est-ce qu’il est plus difficile de faire vivre la laïcité à l’école aujourd’hui ? Pourquoi ?

Depuis une trentaine d’années, on a une laïcité qui est instrumentalisée par certains, mise en retrait par d’autres. Aujourd’hui, nous n’avons pas un discours commun de toute la Nation française autour de la laïcité. J’ai parfois l’impression, quand j’entends des débats sur le sujet, que cela ressemble à ceux sur la chloroquine, le traitement défendu par certains médecins pour soigner la Covid 19. Chacun a sa laïcité, alors qu’elle est unique, extrêmement claire et précisément définie, au travers de la législation française et de textes fondateurs.

Quels sont les grands principes fondant cette laïcité à rappeler à l’école, pour éviter ces confusions voire ces instrumentalisations ?

La laïcité repose sur trois principes : la liberté de conscience de chacun dans le privé, l’égalité de traitement de toutes les croyances et les incroyances et la prééminence de l’Etat. Pour résumer ces trois principes, je reprendrais une phrase du député Aristide Briand lors du vote de la loi de 1905 sur la laïcité : « La loi doit protéger la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dire la loi ».

Il découle de ces principes trois libertés : la liberté de conscience, la liberté des cultes et la liberté de l’Etat de faire la loi sans pression religieuse. Ces principes et libertés déterminent trois espaces : l’espace privé et intime, celui de la liberté de conscience et de la liberté d’expression ; l’espace public partagé, comme les rues ou les places, où je peux distribuer des tracts politiques, syndicaux ou religieux, faire des prières de rue, des processions, des manifestations politiques ou syndicales, à condition qu’elles respectent l’ordre public ; troisième et dernier espace, celui qu’on appelait en 1905 d’intérêt général, désigné plutôt aujourd’hui comme espace de service public : où je peux mettre des limites au prosélytisme et à la propagande politique, religieuse et commerciale. L’école est bien entendu un espace d’intérêt général, de service public, que je ne dois pas confondre avec l’espace privé ou avec l’espace public partagé.

La difficulté est qu’on a tendance à méconnaître, oublier ou confondre ces principes, ces libertés et ces définitions claires des trois espaces. C’est le cas quand certains responsables politiques remettent en cause le droit de distribuer des prospectus religieux dans la rue, alors que c’est dans la loi, ou quand ils demandent que le principe de laïcité figure dans la Constitution, alors que c’est déjà le cas !

Cette laïcité garantit des libertés et différents espaces et on ne doit pas la limiter à des aspects restrictifs. Certains en viennent, souvent par méconnaissan...

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