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Olivier Houdé : « Un Conseil pour éclairer l’évaluation de l’école d’aujourd’hui »

Olivier Houdé professeur de psychologie du développement à l’université Paris-Descartes et Directeur honoraire du LaPsyDÉ est nommé membre du nouveau Conseil d’évaluation de l’école (CEE)
(c) Olivier Houdé
Olivier Houdé, professeur de psychologie du développement à l'Université de Paris et Directeur honoraire du LaPsyDÉ, est nommé membre du nouveau Conseil d’évaluation de l’école (CEE). Installé ce mardi 30 juin au Ministère de l’Éducation nationale, ce Conseil a deux missions principales : la mise en cohérence de toutes les évaluations de l’enseignement scolaire et la mise en place de l’évaluation des établissements scolaires à l’échelle nationale. Olivier Houdé répond à nos questions sur cette instance présidée par Béatrice Gille, auparavant rectrice de la région académique Occitanie et de l’académie de Montpellier, et qui compte 14 membres : sa présidente, six personnalités qualifiées, quatre députés et sénateurs et trois représentants du ministre de l’Éducation nationale.

Quels vont être les objectifs majeurs de ce Conseil selon vous?

Le nouveau Conseil d'évaluation de l'école est chargé d'évaluer en toute indépendance l'organisation et les résultats de l'enseignement scolaire dans tous les établissements de France, de la maternelle au lycée. Sous la présidence de Béatrice Gille, rectrice honoraire, dotée d’une excellente expérience de terrain et d’une grande rigueur de travail, ce Conseil veillera à la cohérence des évaluations conduites par le ministère chargé de l'Éducation nationale portant sur les acquis des élèves, les dispositifs éducatifs, dont ceux inspirés des neurosciences et des sciences cognitives par exemple et/ou en faveur de l'école inclusive. A ce titre, le Conseil établira une synthèse des différents travaux d'évaluation sur le système éducatif et aura pour mission d'enrichir le débat public sur l'éducation via le prisme de l’évaluation.

Comment a-t-il vocation à fonctionner, notamment en termes de débats et de propositions ?

Ce nouveau Conseil va définir un cadre méthodologique et les outils des autoévaluations et des évaluations des établissements conduites par le ministère chargé de l'Éducation nationale, grâce au concours des recteurs dans les académies, et va analyser les résultats de ces évaluations. Pour ce faire, nous nous baserons sur toutes les expertises scientifiques, françaises et internationales nécessaires. En termes de débats internes, la composition du conseil en garantit la diversité, la liberté et la richesse : deux députés, deux sénateurs, deux personnalités désignées par l’Institut de France, trois représentants du ministre, etc. C’est au titre de personnalité qualifiée désignée par le Chancelier de l’Institut de France, Xavier Darcos, ancien ministre de l’Éducation nationale, que j’y suis. Notre ambition partagée, au sein du Conseil, est de développer une culture de l'évaluation pour améliorer la qualité du service public de l’éducation et enrichir le débat public. Le conseil établira librement son programme de travail annuel et le transmettra simplement au ministre. Ce programme, ses avis, recommandations et rapports seront rendus publics. Nous formulerons des recommandations au regard des résultats des évaluations réalisées dans les établissements et dans les académies de France. Pour les débats, il y aura aussi, de la part du Conseil une consultation régulière du Collège des représentants des personnels de l’Éducation nationale, du Collège des représentants des parents d’élèves et des lycéens, du Collège des représentants des collectivités territoriales et, enfin, du Collège des représentants du monde associatif, économique et social. Tout ce processus devrait enrichir les débats et les propositions du conseil visant à améliorer notre système éducatif et à inventer les nouvelles pédagogies du XXIe siècle. J’en suis convaincu. Le psychologue que je suis sait que le cerveau humain progresse par tâtonnement expérimental, par essais et erreurs, par autoévaluation interne et évaluation externe – sous réserve d’un lien de confiance avec des évaluateurs respectés. Bref, beaucoup plus par l’(auto)évaluation objectivée à laquelle on adhère que par l’injonction autoritaire que l’on subit.

Comment allez-vous y participer et qu'allez-vous proposer en priorité ?

Je vais y participer en défendant, en priorité, les valeurs de l’Institut de France dont je suis académicien désigné pour ce Conseil, avec ma consœur informaticienne de l’Académie des sciences, Marie-Paule Cani. Ces valeurs, à la fois très anciennes et très contemporaines, sont « Perpétuer, soutenir, éclairer ». Il s’agira ici d’éclairer l’évaluation de l’école d’aujourd’hui en France, de la maternelle au lycée, sans oublier son histoire. Je le ferai avec mon expérience d’instituteur, de psychologue de l’enfant, de neuroscientique et de spécialiste de sciences cognitives. Je le ferai aussi avec la vision précieuse que me procure aujourd’hui l’Académie des sciences morales et politiques. L’Institut de France a pour mission de travailler au perfectionnement des lettres, des sciences et des arts dans notre pays, à titre non lucratif. Par ces qualités, il est une instance de conseil indépendante auprès des pouvoirs publics. J’ai lu que le Café pédagogique du 26 juin trouvait « curieux » le rôle de l’Institut de France, à côté des deux chambres (l’Assemblée nationale et le Sénat), dans la composition de ce Conseil. C’est ignorer ou oublier l’histoire de cette institution française, au cœur de Paris, 23 Quai de Conti, remarquable par sa Coupole et qui fut toujours une sorte de « parlement des savants ». Enfin, concernant mon style personnel, pour répondre complètement à votre question, je m’exprimerai au Conseil d’évaluation de l’école comme je l’ai toujours fait, en toutes circonstances, durant toute ma carrière : avec fougue et sincérité ! En respectant, bien entendu, les règles de déontologie qui s’imposent aux membres du Conseil.

C’est une nouvelle expérience dans laquelle je me lance avec bonheur et conviction. Comme professeur à l’Université de Paris et Administrateur de l’Institut universitaire de France (IUF), j’agis déjà pour l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation au ministère du même nom. Avec cette nouvelle mission j’agirai, comme je l’ai toujours fait par mes recherches expérimentales au LaPsyDÉ du CNRS à la Sorbonne, pour l’éducation scolaire, de la petite section de maternelle au bac. Quel beau défi que l’éducation ! Une note d’espoir dans un monde en crise. L’enfant est le début de l’infini…

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